Fabrique de l'interaction parmi les écrans

Bugs numériques et ratés interactionnels

Bugs numériques et ratés interactionnels au service d’une intelligence collective

Samira Ibnelkaïd

Caroline Vincent

Samira Ibnelkaïd, Caroline Vincent, « Bugs numériques et ratés interactionnels au service d’une intelligence collective », Fabrique de l’interaction parmi les écrans : formes de présences en recherche et en formation (édition augmentée), Les Ateliers de [sens public], Montréal, isbn:978-2-924925-13-3, http://ateliers.sens-public.org/.
version , 15/06/2021
Creative Commons Attribution-ShareAlike 4.0 International (CC BY-SA 4.0)

L’émergence croissante de réseaux et d’interfaces de communication induit une reconfiguration des modes de présence des sujets et de leurs modalités d’interaction. Les expériences interactionnelles par écran sont parties prenantes de la création de nouvelles ressources langagières et d’un rapport renouvelé à l’espace, au temps ainsi qu’à autrui et à soi-même.

Flux de communication

La recherche d’un flux de communication et de transfert d’informations le plus instantané possible est et a toujours été centrale dans les relations sociales. Ce « désir d’ubiquité de l’homme » n’est pas récent (Gras 1999). Dans toute l’histoire de l’humanité, il n’aura jamais été aussi rapide, pour le·la destinateur·e (Jakobson 1960) de transmettre un message à un·e destinataire absent·e. Cette rapidité du flux de communication questionne la notion même d’absence et celle de présence, et par là même, la représentation de l’« absent » par des artefacts et une sémiotique particulière. L’existence corporelle, relationnelle, affective et esthétique des humains se trouve désormais engagée dans des dispositifs d’interaction sociotechniques complexes (Levy 2013, 17).

L’aspect réticulaire et diffracté de ces nouvelles formes d’interactions implique le développement de nouvelles compétences technico-langagières. Il s’agit en effet de composer tant avec les ratés conversationnels propres à toute interaction sociale (Kerbrat-Orecchioni 1990 ; Traverso 1999 ; Béal 2010) qu’avec les « bugs techniques intrinsèques aux technologies numériques » (Vial 2012). La versatilité de la matière numérique (Vial 2012) et la fragilité de l’interaction sociale (Kerbrat-Orecchioni 1996) révèlent combien la communication est co-construite et repose sur la coopération. Au cours de leur expérience écranique, les sujets sont ainsi contraints de collaborer pour initier, entretenir, maintenir et réparer le flux de communication, notamment au cours d’épisodes critiques inévitables dans des interactions polylogales et polyartefactées.

Se pose alors la question des méthodes utilisées par les interactant·e·s pour gérer ces épisodes critiques. Comment le groupe appréhende-t-il et surmonte-t-il les bugs numériques et les ratés interactionnels par écran et comment construit-il ainsi une intelligence collective ?

Questions de recherche

De cette problématique découlent des interrogations plus spécifiques. Dans quelle mesure est-il possible de rendre accountablesNous faisons le choix de conserver le terme anglophone, plus porteur de sens qu’une traduction en français (Alain Coulon (1987), traduisant Garfinkel, propose « visiblement-rationnelles-et-rapportables-à-toutes-fins-pratiques, c’est-à-dire descriptibles »).↩︎ les activités des sujets par écran ? Quelles propriétés saillantes de la co-construction de l’interaction sont mises en exergue au cours des épisodes critiques ? Quelles règles interactionnelles s’avèrent les plus problématiques, voire les plus transgressées par écran ? Enfin, quelles recommandations émergent de la pratique et du vécu subjectif des participant·e·s ?

Notre étude sera initiée par une description éthologique d’un épisode critique au cours duquel sont observées la difficulté des participant·e·s à rendre leurs activités accountables et les ethnométhodes développées pour surmonter cette difficulté. Cette description sera complétée par une synthèse transdisciplinaire concernant les résultats des trois axes principaux de cette recherche : l’étude de l’attention dans une approche communicationnelle, celle de la corporéité dans une démarche phénoménologique et l’étude de la politesse dans une perspective interactionniste. Enfin, ces nouveaux apports théorico-analytiques seront mis en regard avec l’analyse discursive des questionnaires bilan finaux réalisés et remplis par les participant·e·s au sujet notamment des points saillants de leur expérience et de leurs recommandations.

Étude éthologique

Cette proposition multidimensionnelle d’étude éthologique réflexive des modalités d’énaction de la présence par écranCf. chapitre « Cadrage théorique et méthodologique pour l’éthologie réflexive visuelle ».↩︎ permet d’appréhender de manière transversale l’écologie de cette expérience singulière qu’est le séminaire de recherche hybride polyartefacté.

Ratés et bugs : des incidents inhérents à la communication (par écran)

L’interaction verbale et ses ratés

Félicité interactionnelle

Au cours de leurs interactions, les sujets cherchent en permanence à comprendre leur interlocuteur·rice et à se faire comprendre de lui·elle. Diverses ressources multimodales et plurisémiotiques sont alors exploitées par les participant·e·s pour maintenir cette intelligibilité.

Synchronie interactionnelle

La posturo-mimo-gestualité mise en place cherche à faciliter la synchronie interactionnelle incluant l’auto-synchronie – « la synergie chez le locuteur des événements paroliers et des mouvements des divers segments corporels enregistrés », (Condon et Ogston 1966, 338) – et l’hétéro-synchronie – « la synergie chez l’allocutaire d’activités segmentaires synchrones des événements paroliers produits par son partenaire-locuteur » (Condon et Ogston 1966, 338).

La félicité interactionnelle consiste alors en ce que le·la locuteur·rice puisse exprimer sa pensée, la faire comprendre voire être approuvé·e, partager une opinion, etc. (Cosnier 1996). Elle est conditionnée par la réponse aux quatre questions du parleur : M’entend-on ? M’écoute-t-on ? Me comprend-on ? Qu’en pense-t-on ? (Cosnier 1996).

Cadrage affectif

La réponse à ces questions appelle des indices rétroactifs verbaux ou kinésiques de la part de l’interlocuteur·rice. De surcroît, la dernière question implique un cadrage affectif consistant pour les locuteur·rice·s à gérer leurs émotions et l’expression de leurs sentiments réels ou affichés ainsi qu’à percevoir celles de leurs interlocuteur·rice·s.

Bricolage interactif

Pourtant ce cadrage affectif ne se réalise pas sans incident. La recherche constante de félicité interactionnelle implique régulièrement des ajustements en ce que la communication implique nécessairement des dysfonctionnements. L’approche interactionniste définit le dysfonctionnement interactionnel comme « un phénomène langagier transgressant une règle du fonctionnement idéal de l’interaction » (Sandré 2009, 69). Ce sont les ratés interactionnels (Kerbrat-Orecchioni 1990 ; Traverso 1999).

Ratés interactionnels

Si ces ratés (chevauchements, interruptions, incompréhensions, malentendus, incohérences, bafouillages, etc.) surgissent si fréquemment dans les interactions, c’est que

s’exprimant (…) dans l’urgence et l’improvisation, les locuteurs ne parviennent pas toujours à maîtriser au mieux l’ensemble des opérations cognitives qu’exige la production d’un discours cohérent (Kerbrat-Orecchioni 1996, 24).

Et ces ratés émergent d’autant plus que la présence de l’interlocuteur·rice et ses réactions multimodales influencent le discours du·de la locuteur·rice qui modifie alors énoncé et énonciation, notamment par des auto-interruptions, des redémarrages, etc. (Kerbrat-Orecchioni 2001). L’observation des ratés interactionnels s’avère particulièrement utile pour découvrir les ethos sous-jacents et leur influence sur le déroulement de la conversation (Béal 2010, 333).

Ces incidents conversationnels révèlent en effet les procédés par lesquels les interactant·e·s s’engagent dans un processus coopératif cherchant à éviter un arrêt brutal de la communication.

Bricolage interactif

Catherine Kerbrat-Orecchioni (1999, 45) introduit ainsi la notion de bricolage interactif en ce que toute conversation est « une série de “mini-incidents”, aussitôt neutralisés, d’accrocs et d’accrochages bien vite réparés, et c’est seulement au prix d’un incessant travail de rafistolage que les interactants parviennent à construire ensemble un texte à peu près cohérent ». Sont alors mises en œuvre des séquences interactionnelles soit de négociation, soit de réparation (sur les termes, les contenus, les formes, etc.) afin de rendre la conversation possible et fluide. La notion de négociation conversationnelle renvoie à

tout processus interactionnel susceptible d’apparaître dès lors qu’un différend surgit entre les interactants concernant tel ou tel aspect du fonctionnement de l’interaction, et ayant pour finalité de résorber ce différend afin de permettre la poursuite de l’échange (Kerbrat-Orecchioni 2005, 103).

La réparation quant à elle, est mise en œuvre lorsque surgit un trouble dans l’interaction (trouble source selon Emanuel A. Schegloff (1990)). Elle consiste en un phénomène qui intervient

after a responsive turn has displayed to a prior speaker that, and how, the prior turn has been misunderstood« après qu’un tour de parole démontre à un locuteur précédent que le tour initial a fait l’objet d’un malentendu » (notre traduction)↩︎ (Schegloff 1990, 68).

Il apparaît alors clairement que les interactions sociales se déroulent rarement sans heurts langagiers. Le raté est un élément intrinsèque de la communication. Il s’agit ainsi pour les participant·e·s non simplement de chercher à les éviter, mais surtout d’apprendre à s’en saisir et à les surmonter.

Le numérique et ses bugs

La versatilité de la matière numérique

Par ailleurs, dès lors que les interactions se déroulent par écran, les sujets doivent de surcroît faire face aux incidents liés à la technologie numérique. Cette dernière est elle-même porteuse de ratés. Comme l’explique Stéphane Vial (2013, 213), la versatilité est un des caractères intrinsèques et structurels du phénomène numérique, puisque « le bug est consubstantiel à la matière calculée » (2013, 213). De surcroît, un artefact numérique « ne peut pas vivre sans bug » (2013, 214). En effet, bien que créés par des humains, les programmes informatiques et algorithmes ne garantissent pas un fonctionnement parfaitement maîtrisable a priori.

Habituation au bug

Dans son usage, la matière numérique produit nécessairement des bugs ; il s’agit d’une matière « qui achoppe, qui bute, qui chute » (2013, 213).

Face à ces bugs, l’usager·e s’accoutume et développe des réflexes : lorsqu’une application ne répond plus à ses sollicitations, n’a pas la réactivité attendue ou encore ferme brutalement, il·elle tend à réitérer son action, à relancer l’application ou à redémarrer l’outil.

Culture ontophanique

Cette habituation du sujet aux bugs des outils numériques révèle que cette versatilité, cette instabilité fait désormais partie intégrante de « la culture ontophanique avec laquelle, depuis plusieurs décennies, nous avons appris à vivre. Habitués aux aléas fonctionnels de nos ordinateurs, nous savons désormais que “ça peut planter” » (2013, 213).

Vivre à l’ère numérique et intégrer la matière instable qu’est le numérique dans nos interactions quotidiennes avec autrui et le monde implique que « nous lui confions tout mais sans jamais pouvoir lui faire totalement confiance. Et nous le savons » (2013, 216).

Pourtant, l’acceptation de cette part d’inconnu et d’imprévisible qu’introduit le numérique dans notre communication et notre expérience du monde demeure difficilement compréhensible et admissible en ce sens qu’il existe un paradoxe entre la puissance grandissante de ces outils et leur fragilité permanente. Il est attendu de ces outils ultra-connectés et performants qu’ils répondent immédiatement aux attentes de leurs usager·e·s qui deviennent alors de plus en plus intolérant·e·s aux incidents techniques, aux bugs. Aussi, tant que cette instabilité sera intrinsèque à la matière numérique, il devient indispensable de développer une littératie numérique qui intègre une éducation à la versatilité numérique. Il faudrait en effet apprendre à vivre avec les bugs, en accepter les effets et en contourner les préjudices (2013, 216).

États de la médiation

En situation d’interaction dilogale (à deux interlocuteur·rice·s) ou polylogale (à plus de deux interlocuteur·rice·s) par écran, le sujet n’étant pas seul face aux bugs et les outils de communication étant démultipliés, il apparaît nécessaire de collaborer dans la réparation de l’incident technique. Au sein du chapitre « Intercorporéité artefactée, entre réification et personnification », nous avons identifié plusieurs étapes dans le processus de médiation en situation problématique : la démédiation, la remédiation et l’immédiation.

Il s’agit, au cours de ce processus, d’exploiter les ressources technico-corporelles à disposition des sujets afin de préserver la communication malgré les multiples cadres spatio-temporels et les inévitables incidents qu’ils induisent. À cet effet, les sujets entre eux et avec les artefacts se coordonnent et coopèrent tant explicitement qu’implicitement. Chacun·e des interactant·e·s a la possibilité d’apporter sa contribution à la préservation de la communication par le moindre geste signifiant au sein d’un réseau technico-corporel complexe.

La collectivité et son intelligence

Construction du membership

La bonne conduite de l’interaction par écran repose sur la capacité des sujets à se rendre visibles et à rendre intelligibles leurs productions et les activités dans lesquelles elles s’inscrivent. L’appréhension de la construction de l’intelligibilité par les acteur·rice·s sociaux·les est au cœur de l’étude ethnométhodologique. Cette dernière

cherche à analyser le monde social non pas tel qu’il est donné mais tel qu’il est continuellement en train de se faire, en train d’émerger, comme réalité objective, ordonnée, intelligible et familière (Quéré 1990, 75).

Harold Garfinkel (1967), fondateur de cette approche, définit l’ethnométhodologie comme une démarche qui

analyzes everyday activities as members’ methods for making those same activities visibly-rational-and-reportable-for-all-practical-purposes, i.e., “accountable”, as organizations of commonplace everyday activities« analyse les activités quotidiennes en tant que méthodes des membres (d’une communauté sociale) pour rendre ces mêmes activités visiblement-rationnelles-et-rapportables-pour-des-buts-pratiques, c’est-à-dire descriptibles (“accountable”), en tant qu’organisation des activités ordinaires quotidiennes. » (notre traduction)↩︎. (1967, vii).

Ethnométhodologie

Garfinkel précise par ailleurs qu’il recourt à cette appellation

to refer to the investigation of the rational properties of indexical expressions and other practical actions as contingent ongoing accomplishments of organized artful practices of everyday life« pour faire référence à l’investigation des propriétés rationnelles des expressions indexicales et des autres actions pratiques en tant qu’elles sont des accomplissements contingents et continus des pratiques organisées et ingénieuses de la vie de tous les jours. » (notre traduction)↩︎ (1967, 11).

Le concept sous-tendant l’ensemble de cette démarche, l’accountability, renvoie au fait que la (re)connaissabilité, l’intelligibilité, la descriptibilité sont des propriétés essentielles de l’action (Mondada 2006, 117).

Accounts

Les propriétés pertinentes du contexte, ainsi que les propriétés organisationnelles de l’action rendue reconnaissable, permettent aux participant·e·s de rendre leur pratique intelligible entre eux·elles afin d’y participer, s’y engager, s’y coordonner. Les accounts consistent en des explications ou descriptions que les interactant·e·s font de leurs actions permettant la reconnaissance par les participant·e·s de ce en quoi consiste cette action (Heritage 1988, 128). Les descriptions sont elles-mêmes des actions. Coulon illustre la notion d’accounts en ces termes :

Rendre visible le monde, c’est rendre compréhensible mon action en la décrivant, parce que j’en donne à voir le sens par la révélation des procédés par lesquels je la rapporte (Coulon 1987, 43).

Il est alors nécessaire pour les sujets de l’interaction de partager un langage naturel commun ; ils·elles disposent de certaines ethnométhodes pour organiser leurs interactions. Ces ethnométhodes partagées constituent le socle du membership. Les sujets deviennent « membres » d’un groupe par la maîtrise d’un langage commun, qui permet aussi les non-dits, les sous-entendus, les déictiques (etc.) qui ne sont pas intelligibles pour les non-membres.

Membership Categorization Devices

Les participant·e·s s’orientent vers des catégories permettant d’identifier les membres pour garantir l’ordre de l’interaction (Mondada 1999, 24). Harvey Sacks développe le concept de membership categorization devices (MCD), des dispositifs de catégorisation articulés en collections de catégories (ex : « genre » est la collection qui regroupe des catégories du type « masculin », « féminin », etc.). Les dispositifs catégoriels mobilisés apparaissent particulièrement « liés aux pratiques incarnées et visibles des locuteurs ainsi qu’à leurs pratiques cognitives et interprétatives » (Mondada 2014, 88). Bien qu’un individu puisse être catégorisé en recourant à une infinité de collections, une seule collection est généralement perçue comme suffisante. D’autant plus si elle permet d’établir une dichotomie (« natif/non-natif », « riche/pauvre », « jeune/vieux » et dans notre corpus « en ligne/hors ligne », « en présence/à distance », etc.) : c’est la règle d’économie qui repose sur le fait que la catégorisation ne revient pas à donner une description référentiellement exacte, mais une description jugée pertinente au vu du contexte et de l’activité en cours (Sacks 1992, 47).

Énaction de l’intelligence collective

Il semblerait alors pertinent de penser les actions engagées par les membres d’un groupe au sein d’un dispositif collaboratif comme la co-construction d’une intelligence collective (Levy 1994). Il s’agit par là de

comprendre de manière de plus en plus précise et opératoire le fonctionnement des groupes humains engagés dans une activité coopérative au moyen d’ordinateurs – ou de terminaux mobiles – en réseaux (Levy 2003, 106).

Processus de coopération intellectuelle

L’émergence de la théorie de l’intelligence collective trouve son origine dans « la croissance remarquable de modes de communication interactifs, collectifs et décentralisés par l’intermédiaire d’un réseau de plus en plus étendu, dense et puissant d’ordinateurs interconnectés » (Levy 2003, 6) et a pour finalité la stimulation ou l’amélioration des « processus de coopération intellectuelle » dans des domaines tels que l’apprentissage collaboratif, les réseaux de recherche, les entreprises et administrations, les associations et communautés, etc. (Levy 2003, 106).

Caractéristiques de l’intelligence collective

Il s’agit d’une intelligence :

  • « Partout distribuée » – aucun individu n’a de connaissance totale, mais chacun est porteur de certaines connaissances.

  • « Sans cesse valorisée » – la valeur centrale est l’humain, chaque membre du collectif est porteur d’une richesse qualitative, le rendant unique et précieux.

  • « Coordonnée en temps réel » – les réseaux numériques permettent une communication à grande échelle et sont une interface privilégiée de l’intelligence collective.

  • « Qui aboutit à une mobilisation effective des compétences » – se fondant concrètement sur des compétences, savoirs et connaissances, l’intelligence collective ne constitue pas qu’un concept théorique, mais renvoie à une structuration sociale efficiente. Elle privilégie la puissance au pouvoir.

L’intelligence collective peut prendre diverses formes selon les contextes d’émergence, les communautés et leurs membres. Néanmoins des caractéristiques invariables sous-tendent sa co-construction : une information locale et limitée de chaque membre du collectif, un ensemble restreint de règles de base, des interactions multiples et réticulaires, une structure émergente bénéfique tant à l’individu qu’au groupe.

Implications de l’intelligence collective

Ces caractéristiques impliquent alors une décentralisation du savoir et du pouvoir, l’autonomie et la valorisation des membres du collectif, une horizontalisation des relations fondées sur l’intersubjectivité, une interactivité individu-environnement constante et en temps réel, la création de multiples entités reliées au lieu d’une structure unique et massive, une priorité donnée à la convivialité et l’éthique.

Ainsi dans une acception globale, l’intelligence collective se définit comme « le comportement émergeant d’une dynamique de réseau hétérogène impliquant des gens, des dispositifs techniques et des messages (composés de symboles) » (Levy 2003, 113).

Trois types de réseaux se dessinent dans une dynamique d’interdépendance :

Développement virtuel

Précisons que le développement humain virtuel « dépend du développement actuel comme de sa base matérielle tandis que le développement actuel dépend du développement virtuel comme de son instance de coordination, de pilotage et de traction » (Levy 2016). Dans une dynamique de transformation, le développement virtuel se fonde sur le capital épistémique, le capital éthique et les puissances. Et son actualisation repose sur le capital de message, le capital social et le capital biophysique (Levy 2016). L’intelligence collective tient de l’équilibration de ces relations d’interdépendanceVoir la carte sémantique de l’intelligence collective de Pierre Levy sur le site de l’auteur.↩︎.

Le sentiment d’efficacité personnelle

Il existe alors un lien indéfectible entre le sujet et la collectivité dans laquelle il évolue. Pour qu’il se sente impliqué dans l’évolution collective, le sujet doit prendre conscience de sa pertinence et de son efficacité au sein du groupe. Albert Bandura (1980) développe le concept de sentiment d’efficacité personnelle (SEP) et introduit l’idée selon laquelle la perception subjective que le sujet a de ses chances de réussite influence de façon déterminante ses comportements.

Efficacité personnelle

D’après Bandura, au cœur de l’action humaine, le mécanisme central se situe dans la perception de sa propre efficacité personnelle. Croire en son efficacité constituerait la ressource fondamentale de la motivation, au-delà de l’intérêt que l’on peut porter à un objet ou à un domaine. C’est également ce qui nous permet d’« être agent » et d’influencer intentionnellement notre propre fonctionnement et les circonstances de la vie (Bandura 2003, 13). Bien entendu, souvent, le talent réel et la capacité d’action peuvent être en décalage avec le SEP d’un individu à cause des expositions, des renforcements et des expériences différentes selon le genre, l’ethnie, le milieu socio-économique.

Nous mobilisons le concept du SEP pour mesurer son évolution diachronique chez les participant·e·s au séminaire.

Analyse de l’énaction d’une intelligence collective par écrans

Nous nous interrogeons ici sur les ethnométhodes utilisées par les interactant·e·s pour gérer les épisodes critiques survenant au cours de l’expérience écranique hybride polyartefactée. Comment le groupe appréhende-t-il et surmonte-t-il les bugs numériques et les ratés interactionnels par écran et comment construit-il par là même une intelligence collective ?

Problématique de l’analyse

Dans une démarche multidimensionnelle éthologique réflexive, nous proposons en premier lieu une description ethnométhodologique d’un épisode critique, suivie d’une synthèse transdisciplinaire des résultats des travaux des trois principaux axes de cette recherche (attention, corporéité, politesse). Enfin, ces nouveaux apports théoriques seront mis en regard avec l’analyse discursive des questionnaires bilans. Ces derniers ont été réalisés et remplis par les participant·e·s et portent sur les points saillants de leur expérience ainsi que sur des recommandations.

Observation éthologique d’un épisode critique

Conformément à notre démarche éthologique réflexive et ethnométhodologique, nous observons tout d’abord l’apparition d’un épisode critique.

Description du déroulé d’un épisode critique

Nous définissons les épisodes critiques comme des moments pendant lesquels il faut rétablir en temps réel la communication pour un·e ou plusieurs participant·e·s qui sortent malgré eux·elles du cadre participatif.

Épisode critique

Un épisode critique survient, par exemple, lorsque le son, le visuel ou l’audio n’est plus disponible pour un·e participant·e rendant son degré de présence trop faible pour lui permettre de suivre le séminaire et d’être pris en compte par les autres. Le groupe, une fois alerté, produit alors un effort empathiqueCf. chapitre « Affordances attentionnelles dans un séminaire instrumenté ».↩︎ pour permettre aux participant·e·s de reprendre le fil du séminaire.

L’enjeu est double puisque, au-delà de permettre à tou·te·s de suivre le séminaire, cela engendre également un stress potentiel qui est différent pour chacun·e en fonction notamment de :

  • son rôle dans le séminaire (organisateur·rice, technicien·ne, conférencier·e, auditeur·rice, etc.),

  • sa personnalité et ses compétences,

  • son sentiment d’efficacité personnelle (Bandura 1980) et sa confiance dans l’efficacité du groupe à résoudre les dysfonctionnements.

Pour les participant·e·s à distance, il n’est pas toujours aisé de verbaliser un problème technique : ces verbalisations interrompent le séminaire et obligent le groupe à se focaliser momentanément sur la technique, générant ainsi un raté interactionnel. Dans le cas d’une conférence par exemple, ces signalements impliquent l’interruption des conférencier·e·s, ce qui peut être problématique si le·la ou les participant·e·s ne possèdent pas une pleine confiance dans la capacité du groupe à rétablir la communication rapidement.

Observation de la gestion d’un épisode critique

Afin d’appréhender les stratégies mises en place par les participant·e·s et illustrer l’asymétrie des perceptions, observons une séquence interactionnelle de gestion d’un épisode critique, survenu lors de la deuxième séance du séminaire (séance 2 - conférence des Anthropologues).

Début de l’épisode critique : le signalement


Dès le tout début de la conférence (1min24s), pendant l’introduction des conférencier·e·s, un problème de son est signalé par Prisca sur le chat d’Adobe, puis repris par Joséphine à l’oral afin d’alerter les personnes en présence. Ce faisant, elle interrompt le conférencier dans son tour de parole, générant ainsi un premier raté interactionnel.

Les conférencier·e·s vérifient tout d’abord que « Beam entend ». Amélie, sur le Beam, leur confirme qu’elle entend bien. Ils·elles proposent alors de se rapprocher physiquement du microphone qui enregistre à destination des personnes à distance. Plusieurs personnes se déplacent afin de poser sur leur table le microphone en question et elles posent alors sur la table la caméra qui filme pour les personnes à distance. Christine dit alors « c’est reparti ! ». Les conférencier·e·s reprennent leur présentation dans une atmosphère assez dispersée, certaines participantes sont encore debout, d’autres parlent.

Inconfort sur Adobe sans remédiation


Du point de vue d’Adobe, lorsque Joséphine alerte le groupe du problème signalé sur le chat par Prisca, Christine écrit à son tour : « ils n’entendent plus à distance ». Le problème est pris en charge dans la salle, mais en réalité, ce n’est pas le microphone qui est déplacé sur la table des conférencier·e·s, mais bien une caméra qui ne fait que filmer, sans enregistrer ni diffuser de son. Cependant, étant donné que les conférencier·e·s, en voulant se rapprocher de cette caméra prise pour un microphone, se sont également rapproché·e·s de l’ordinateur qui enregistre le son, il y a donc malgré tout une amélioration pour les participantes à distance. Sur le chat, cette stratégie est donc validée, « c’est mieux », et la conférence reprend sans que le problème ne soit réellement réglé ni que quiconque ne s’en aperçoive sur le moment.

Sur le chat, le problème est donc évoqué quelques minutes plus tard, cette fois-ci sans interrompre de nouveau les conférencier·e·s à l’oral :

Christelle qui est à distance : « On n’entend moins bien la jeune femme. »
Caroline qui est dans la salle : « C’est bizarre le micro est à côté d’elle. » (la confusion avec la caméra continue)

Vingt minutes plus tard :

Prisca : « C’est dommage on entend très mal la conférencière. »
Christelle : « Oui. »

Dix minutes passent :

Liping qui est à distance : « J’entends mal la jeune femme. »
Christelle : « Oui :(* »

Vingt minutes s’écoulent de nouveau et Christine propose sur le chat aux participantes à distance de poser des questions si elles le souhaitent, ce à quoi Christelle répond : « On entend mal ». Comment pourraient-elles poser des questions alors qu’elles ont eu le plus grand mal à entendre la conférence ?

Malentendus


Christine voudrait organiser le moment des questions et elle souhaite donner la parole aux participantes via Adobe. Sa première stratégie consiste donc à indiquer à l’oral les règles pour poser les questions : « Levez la main et pareil à distance, vous me faites signe ». Il n’y a pas de réponse des participantes à distance puisqu’elles n’entendent pas la conférence. Les questions débutent dans la salle. Quelques minutes plus tard, tenant à laisser de la place aux participantes par Adobe, Christine tente une deuxième stratégie et propose à l’oral : « On va donner la parole à ceux sur Adobe si vous voulez. Christelle ? Tatiana ? Liping ? Prisca ? ». Il n’y a pas de réponse. « Vous m’entendez ? » Toujours pas de réponse. Cette deuxième stratégie échoue également. Elle écrit alors sur le chat « si quelqu’un veut parler, écrivez moi svp » mais de nouveau aucune d’entre elles ne répond.

La discussion se poursuit dans la salle. Quelques minutes après, Christelle écrit sur le chat : « vous arrivez à suivre vous ? » Les participantes à distance répondent qu’elles n’y parviennent pas.

Christine écrit alors : « Le problème c’est que je ne vois pas vos réponses s’il y en a. »
Christelle : « Le principal problème c’est qu’on entend pas. »
Puis : « C’est intéressant mais on ne veut pas interrompre. »

Ce dernier échange montre à quel point chacun·e est aspiré·e par ses propres contraintes et son rôle interactionnel (membre du public qui ne peut pas suivre la conférence pour les unes, organisatrice-« chef d’orchestre » qui n’arrive pas à faire participer l’ensemble des participant·e·s pour l’autre). Christelle, en écrivant « c’est intéressant mais on ne veut pas interrompre » verbalise également le dilemme qui touche les participantes à distance : l’envie de signaler le problème technique à la vue de tou·te·s afin qu’il puisse être identifié et résolu, face à la gêne de provoquer un nouveau raté interactionnel en interrompant le cours de la conférence et en mettant à jour le désagrément que le public à distance subit depuis plus d’1h30.

Le raté et la résolution


Dans la salle, alors que Jean-François est au milieu de l’énonciation à l’oral d’une question, Christelle, qui a visiblement identifié le problème et la solution adéquate pour le résoudre écrit sur le chat : « Active ton micro Jean-François ». Cependant, il ne semble pas voir ce message et personne ne le lui transmet à l’oral. Christelle prend alors la parole, le son de sa voix amplifiée par les haut-parleurs, sa prise de parole se chevauchant avec celle en cours de Jean-François : « active ton micro Jean-François », puis : « désolée hein mais j’ai écrit et tu l’as pas vu ».

Jean-François : « Je viens de me faire reprendre », rendant explicite le raté.

Tout le monde rit dans la salle. Jean-François active le microphone de son ordinateur. Du point de vue d’Adobe, le son arrive enfin.

Jean-François : « Ça va là ? »

Il y a un fort larsen dans la salle, ce qui provoque un écho désagréable. Christine désactive le microphone de l’ordinateur qui diffuse le son, le larsen s’arrête. Le conférencier lit sur le chat et partage à l’oral : « Je vois un “super” trois points d’exclamation ». La stratégie a surpris tout le monde, mais elle a enfin rendu l’audition aux personnes à distance, résolvant le problème technique.

La description de la survenue de cet épisode critique jusqu’à sa résolution en adoptant les différents points de vue des locuteur·rice·s nous permet d’illustrer quelques phénomènes que nous explicitons ci-dessous.

L’expérience vécue varie pour les personnes situées dans les différents espaces de communication. Cette asymétrie de perception et l’impossibilité de comprendre réellement le vécu de l’autre amènent les participant·e·s à s’interroger (le problème de son signalé sur Adobe permet-il un confort d’écoute suffisant aux personnes à distance ? Ont-ils·elles besoin d’aide ? Puis-je agir sur le problème ou s’agit-il d’un simple bug contre lequel je ne peux rien ? En suis-je capable ?), puis à produire un effort collectif et collaboratif pour co-construire dans la durée des ethnométhodes permettant de rendre la communication intelligible et fluide et les activités accountables.

Il s’agit aussi de rendre intelligible et visible sa perception pour les autres, afin qu’ils·elles puissent choisir d’agir (ou non) sur les obstacles, ratés ou autres bugs.

Visualisation d’une remédiation

De plus, cet extrait illustre un modèle qui est récurrent lorsque l’on analyse les séances du séminaire :

Figure 1 : Évolution d’un épisode critique en interaction multimodale polyartefactée

Dans les conditions de l’expérience telle qu’elle s’est tenue, pour un fonctionnement fluide du séminaire pour les personnes à distance, il faut donc qu’une dévolution (Brousseau 1998), c’est-à-dire un transfert de responsabilité, s’opère des personnes en difficulté à distance envers les personnes en présence dans la salle.

Foyer d’attention

En effet, les personnes en présence dans la salle sont les seules à pouvoir agir sur le matériel et à pouvoir faire l’intermédiaire entre les différents espaces de communication à distance si ceux-ci sont empêchés d’interagir ensemble. Cette responsabilité pour les personnes en présence peut représenter un foyer d’attention important et une pression supplémentaire.

De l’importance de la gestion des épisodes critiques et leur évolution diachronique

Le désengagement

Les épisodes critiques sont donc des moments cruciaux puisque leur gestion peut amener les participant·e·s à se désengager de la situation.

Risque de désengagement

L’extrait de questionnaire suivant, dont nous soulignons quelques éléments discursifs, révèle le risque de désengagement au cours d’épisode critique :

Comment avez-vous vécu la situation de communication ?

Christelle, le 18 novembre 2016, participante sur Adobe : « Difficilement car le problème de son empêchait la bonne compréhension de la conférence (surtout lorsque la jeune femme s’exprimait), idem pour la partie discussion, je me suis donc parfois désengagée. J’ai aussi dû gérer le pdf et c’était difficile car je n’étais pas avec les conférenciers, je devais donc suivre sur le fond de l’écran de la petite vidéo des conférenciers pour voir quand eux modifiaient leur ppt. »

On constate que cet inconfort est également ressenti par les participant·e·s en présence, comme l’illustre cet exemple :

Comment avez-vous vécu la situation de communication ?

Joséphine, le 18 novembre 2016, participante présente dans la salle : « Bien, mais j’étais embêtée pour les distants car ils entendaient mal. »

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Cadre participatif

Dans les questionnaires comme dans les entretiens, les participant·e·s font part de leurs difficultés et de leur inconfort face aux problèmes techniques rencontrés par leurs interlocutrices.

Cela peut même empêcher la participation verbale puisque les participant·e·s anticipent que tout le monde ne pourra pas être inclus dans le cadre participatif souhaité.

Exemple de Joséphine

Avez-vous pu participer comme vous le souhaitiez ?

Joséphine, le 18 novembre 2016, participante présente dans la salle : « Oui, mais comme je n’avais pas d’ordi portable, je n’avais pas Adobe Connect, donc j’hésitais à prendre la parole car je savais que les distants m’entendraient mal. »

Source

Effort de participation

Le fil de la communication est ponctuellement ténu, être présent·e et rendre l’autre présent·e demande donc un réel effort.

Exemple de Christelle

Avez-vous pu participer comme vous le souhaitiez ?

Christelle, le 18 novembre 2016, participante sur Adobe) : « Moyennement comme expliqué plus haut. Je ne pouvais pas prendre des notes en dehors de l’espace Adobe, trop compliqué, son difficile et si plus d’image j’aurais tout à fait perdu le fil. Mais la prise de notes des autres me permettait de reprendre le fil en revanche parfois. »

Dans ce dernier exemple, on voit que l’effort du groupe permet aux personnes momentanément en difficulté de conserver un « fil d’Ariane » avec ce qui se produit et de ne pas se désengager totalement.

Si pendant l’épisode critique, les personnes en difficulté n’ont pas reçu l’aide attendue, ce n’est pas pour autant que les autres étaient indifférent·e·s à leur expérience. On voit bien au contraire que cela les a eux·elles-mêmes restreint·e·s dans leurs participations et les a mis·es mal à l’aise. Sur le moment (situé au tout début des séminaires), ils·elles ne savaient tout simplement pas comment arranger cette situation et n’osaient sans doute pas interrompre une seconde fois les conférencier·e·s.

Quelle évolution diachronique ?

Analyse des données

On pourrait donc s’attendre à ce qu’au fur et à mesure des séances, il y ait de moins en moins de signalements puisque les problèmes sont anticipés et arrivent moins fréquemment.

En réalité, les données révèlent que le nombre de signalements d’épisodes critiques reste stable. Des techniques efficaces se sont mises en place pour anticiper un certain nombre de problèmes : celui·celle qui parle ouvre son microphone et les autres coupent le leur, le nombre maximal de personnes en présence dans la salle se connecte sur Adobe Connect, chacun surveille le chat, les diaporamas sont envoyés à tou·te·s par courriel et diffusés en pdf sur Adobe, les conférencier·e·s invité·e·s n’utilisent pas PowerPoint, mais Adobe pour diffuser leur présentation, etc. Cependant, ces multiples stratégies n’empêchent pas la survenue ponctuelle de bugs inhérents à l’outil numérique comme des ralentissements de connexion ou de matériel, indépendants des compétences des participant·e·s.

Chaque séance ayant un contexte particulier (avec ou sans conférencier·e·s extérieur·e·s, en français ou en anglais ce qui peut réduire la prise de parole, activités de différents types), il est difficile de les comparer quantitativement de façon scientifiquement satisfaisante. Cependant, on constate que lors des séances, les problèmes sont signalés et traités avec les résolutions suivantes :

Figure 2 : Modalités de traitement d’un problème technique

Au regard de ces résultats, il apparaît que ce qui a évolué au cours du temps n’est pas seulement les compétences techniques du groupe, mais le sentiment d’auto-efficacité (Bandura 1980) à la fois du groupe et des individus.

Ainsi, le nombre de problèmes techniques (signalés ou non) n’a pas diminué, mais les participant·e·s ont pris davantage confiance dans la capacité du groupe à les résoudre de façon rapide et efficace pour se permettre de les signaler lorsqu’ils surviennent. Ce phénomène est confirmé par les questionnaires remplis à la fin de chaque séminaire et par les interactions verbales enregistrées durant les séminaires dans lesquels on retrouve des autocongratulations et des références au fait que les bugs et ratés sont de plus en plus rapidement réglés.

Synthèse transdisciplinaire des résultats d’axes thématiques

Ces épisodes critiques générant ratés interactionnels et bugs numériques ont été étudiés par l’équipe de manière interdisciplinaire au sein de cette recherche collective éthologique réflexive. Chacun des axes proposés – attention, politesse, corporéité – met en exergue les propriétés saillantes de la co-construction de la présence au cours de l’expérience écranique. Nous proposons ici une synthèse transversale des théorisations issues de ces analyses. Ces dernières nous révèlent, sous divers angles, tant la nature intrinsèque des ratés interactionnels et des bugs numériques que l’intérêt de ces incidents dans la construction d’une intelligence collective.

Le développement d’une interattention

En ce qui concerne l’étude de l’attention, il apparaît que celle-ci est requalifiée au sein du séminaire qui se révèle être un double dispositif attentionnel : dans sa construction matérielle de l’espace et dans sa construction relationnelle. La co-construction de l’attention émerge au sein de l’horizon d’attente spécifique du séminaire, lui-même modifié par l’appareillage technologique. Le dispositif hybride physico-numérique introduit une perturbation de l’attention intersubjective du fait de la non-réciprocité des perspectives. Pourtant le groupe travaille de concert pour énacter malgré tout une forme d’interattention. Cette dernière implique une co-responsabilité envers soi et les autres. Par exemple, dans le cas d’une fausse affordance, c’est le groupe qui prend le relai et visibilise le malentendu pour rendre l’interaction possible et fluide.

Il apparaît alors que le surgissement de ratés interactionnels n’est pas seulement lié à l’émergence de bugs numériques, mais entre en relation avec le principe de membership en ce que l’attention à chacun des membres qui compose le collectif est une condition sine qua non de la félicité interactionnelle. Cette interattention implique de rendre accountables les activités de chacun·e par des ethnométhodes de méta-vigilance permettant de percevoir les éléments invisibles ou mal-interprétés de la configuration spatio-temporelle complexe et réticulaire. Il s’agit de construire le collectif dans un réseau d’attention individuelle aux membres organiques et technologiques du réseau ainsi entretenu par une confiance grandissante dans le groupe et ses compétences.

Énaction d’une intercorporéité polyartefactée

La nécessité de parvenir à une forme de perception mutuelle et partagée de l’environnement hybride et réticulaire se révèle également dans les analyses de l’axe corporéité. Il y apparaît en effet que les participant·e·s structurent leurs actions au cours du séminaire, de manière à parvenir à une perception écologique commune à l’ensemble des membres, bien que sous des angles multiples – perception entretenue au travers des différents états de la médiation technico-corporelle : démédiation, remédiation, immédiation. Ces actions émanent non pas de rôles ou de statuts particuliers, mais d’instances procuratrices, témoin, sentinelle qu’incarnent les participant·e·s selon un mécanisme de groupe : une chaîne d’agentivité distribuée qui s’organise à travers une communication multimodale et polyartefactée.

Sujets et objets du réseau interactionnel se trouvent alors hybridés au point de faire émerger un double processus de personnification et de réification dans la médiation technico-corporelle polyartefactée : d’une part l’attribution voco-gestuelle par autrui de caractéristiques artefactuelles au sujet animé – réification – et d’autre part l’attribution voco-gestuelle par autrui de caractéristiques humaines à l’artefact du sujet – personnification.

Les affordances communicationnelles et le positionnement des corps et des artefacts dans l’espace impliquent une nécessaire coopération des sujets qui ne peuvent prendre en charge individuellement la médiation physico-numérique, mais doivent compter sur la complémentarité des un·e·s et des autres et développer une confiance en cette complémentarité de connaissances et de compétences. Il y a intercorporéité dans cette extension de l’action et de la perception qui permet la co-construction d’un monde commun, un intermonde (Merleau-Ponty 1988, 317).

Proposition de maximes interactionnelles numériques

Pour construire cet intermonde, il reste cependant indispensable de ne pas laisser fluidifier les contours des corps et des artefacts au point de faire fondre les identités propres aux individus. Il s’agit, comme le démontre la recherche menée sur l’axe de la politesse, de respecter et valoriser les personnalités des participant·e·s telles que connues et reconnues hors écran. Cette nécessité de reconnaissance est saillante notamment dans les choix des formes nominales d’adresse.

L’analyse des formes d’adresse utilisées par les participant·e·s en présentiel afin de s’adresser ou désigner les participant·e·s dans une logique de membership categorization devices (Sacks 1992) met en exergue trois collections de catégorisation (Sacks 1992) des membres à distance :

  1. Catégorisation du groupe – effet de groupe des participant·e·s à distance.

  2. Catégorisation de l’objet – artefact utilisé pour suivre le séminaire à distance.

  3. Catégorisation de la personne – identité du·de la participant·e à distance.

Leur étude diachronique met en évidence qu’entre la première et la dernière séance, sur une durée de six mois, se met en œuvre une forte atténuation de l’effet de groupe (catégorie 1) et une évolution des termes employés avec le passage d’une désignation principalement par l’artefact (catégorie 2) à l’interpellation par le prénom des participant·e·s (catégorie 3). Il s’agit par ces ethnométhodes de trouver un équilibre entre la construction du collectif et le respect de ses individualités, de réduire les effets de réification des animé·e·s, d’éviter de scinder le groupe en sous-groupes fondés uniquement sur une situation géographique.

Dans une perspective de littératie numérique intégrant les ratés interactionnels et les bugs numériques, le sous-groupe de recherche sur la politesse propose des maximes interactionnelles numériques dans une « culture d’interaction hybride » telle que ce séminaire polyartefacté : la maxime d’ouverture, la maxime de communication, la maxime de déplacement, la maxime d’adresse, la maxime de plateforme, la maxime de clôture.

Ces recommandations se retrouvent également dans les propos des participant·e·s interrogé·e·s par questionnaires a posteriori des séances de l’atelier séminaire. En effet, c’est dans ces questionnaires que les participant·e·s ont pu le plus explicitement rendre compte de cette expérience. On y trouve donc des traces conscientes de la construction de l’intelligence collective. Nous nous proposons de les mettre en relation avec les éléments théoriques et analytiques jusqu’ici exposés.

Points saillants du vécu subjectif des participant·e·s et recommandations

Notre intérêt se porte ici plus spécifiquement sur la première et la dernière interrogation posée aux douze participant·e·s dans le questionnaire bilan final.

Question 1 : « Quels sont les points marquants de l’expérience faite cette année dans l’atelier ? »

À cette question, il est possible de distinguer des approches relatives aux modalités et instanciations de présence. Il nous semble en effet pertinent de mettre en relation les réponses des membres ayant régulièrement :

Notons que ces catégorisations sont fluides et dynamiques et qu’un membre peut concrètement être affilié à plusieurs de ces catégories.

Les membres artefactés ex situ ont en commun de mettre en exergue dans leur réponse leur rapport aux artefacts plus qu’aux autres participant·e·s.

Participantes artefactées

Christelle souligne le fait d’avoir pu expérimenter toutes les modalités de présence (Adobe, Kubi, Beam mais aussi in situ) et d’avoir pu ainsi les comparer. Amélie met en opposition l’avantage logistique que lui a procuré l’usage du robot Beam – à savoir la liberté et la qualité technique – et l’inconvénient socioaffectif posé par cette même indépendance dans la mesure où elle ne croit pas avoir créé de lien avec les participant·e·s in situ. Samira met par ailleurs en avant dans ses propos la construction de petites communautés attachées aux modalités de présence. Enfin Liping rappelle ses difficultés à être présente par écran notamment vis-à-vis du manque de qualité de son flux de connexion internet et de la problématique du décalage horaire entre la Chine et la France.

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En ce qui concerne les membres incarnant régulièrement les instances de sentinelle, est mise en avant la nécessité permanente d’être en alerte ainsi que le caractère innovant de l’expérience impliquant pluridisciplinarité, divergences des profils mais convergence des objectifs.

Instance sentinelle

Caroline souligne en effet le plaisir relationnel et intellectuel issu de cette co-construction auto-ethnographique novatrice fondée sur la pluridisciplinarité, tout comme Jean-François qui qualifie de dense et captivante son expérience vécue. Il souligne la nouveauté et la complexité de ce dispositif sociotechnique (de séminaire et de recueil). Les points communs et les divergences des sous-groupes sont marqués tant par Jean-François que par Joséphine qui note également l’intérêt de vivre une expérimentation à la fois comme « cobaye » et comme sujet métacognitif révélant un postdualisme incarné dans l’hybridité du dispositif, et reposant sur la bienveillance du groupe.

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La bienveillance du groupe et la solidarité du collectif sont surtout évoquées dans les réponses des membres ayant principalement incarnés l’instance de procuration.

Instance de procuration

C’est le cas notamment de Christine qui observe un contraste entre l’insécurité des débuts et la construction finale d’un collectif de plus en plus solide. Solidité issue de la complémentarité des compétences et des ressources des participant·e·s, mais également du travail, de l’entretien de la motivation, de la bonne qualité des relations interpersonnelles et de valeurs partagées. Il en va de même pour Dorothée qui met l’accent sur la construction diachronique du groupe tout en relevant la responsabilité et la pression qu’implique le recueil de données, et par là même l’existence d’un autre groupe in absentia d’individus qui accéderait aux données a posteriori. Par ailleurs, Dorothée autant que Morgane notent l’apprentissage et l’acquisition de savoirs techniques et scientifiques que permet cette expérience. Morgane contemple en outre la richesse de son expérience en tant que « médiatrice » dans la mise en place et l’évolution du dispositif hybride.

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Enfin, les membres incarnant principalement les instances de témoin mettent avant tout en exergue la réflexion, la distance et le recul propre à leur expérience vécue.

Instance témoin

Mabrouka soulève la notion d’autoréflexivité sur le travail du·de la chercheur·e et son environnement de recherche (épistémologique, méthodologique, technique) ainsi que la nécessité d’aborder l’utilité et le déterminisme technologique avec une approche distanciée. Yigong souligne le rôle de la technologie dans la déconstruction-reconstruction des modalités de prise de parole lors d’un séminaire, en ce sens que les relations se sont avérées plus horizontales avec des échanges entre les participant·e·s non plus seulement simples auditeur·rice·s de conférences, mais membres d’un collectif.

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Les points saillants relevés par les membres de cette expérience écranique correspondent aux propriétés de l’intelligence collective telle que définie par Pierre Levy (2016). En effet, les membres artefactés ex situ mettent en exergue le réseau de choses avec leur focus sur les ressources et équipements, les sentinelles le réseau de connaissances avec le capital épistémique et de message, et les procurateur·rice·s le réseau d’êtres avec le capital éthique et social. C’est ainsi que la complémentarité des acteur·rice·s et l’entretien des réseaux permettent l’énaction de l’intelligence collective de ce groupe singulier.

Question 4 : « Quels conseils donneriez-vous à quelqu’un qui voudrait utiliser un dispositif mixte présentiel-distanciel ? »

Ici encore des éléments propres à la co-construction du membership et l’énaction d’une intelligence collective transcendant les ratés interactionnels et les bugs numériques émergent des réponses des participant·e·s. Nous indiquons entre parenthèses les participant·e·s à l’origine des recommandations ici synthétisées.

Concernant le réseau de signes :

Concernant le réseau d’êtres :

Concernant le réseau de choses :

Il apparaît au travers de ces recommandations que les participant·e·s ont une perception commune des enjeux sociotechniques et une conscience implicite des dynamiques de réseaux sous-tendant l’émergence de l’intelligence collective et reposant sur la complémentarité des membres et leur confiance dans la coopération. L’une des participantes énonce le conseil principal transcendant toutes les recommandations : « accepter que les problèmes techniques font partie intégrante du dispositif » (Joséphine). Il convient alors simplement d’« essayer de réduire au maximum la marge d’improvisation car il y aura de toute façon des évènements imprévus qui vont survenir » (Caroline).

L’approche multidimensionnelle dans cette étude éthologique réflexive des modalités d’énaction de la présence par écran nous a permis d’appréhender de manière transversale l’écologie de l’expérience singulière que constitue ce séminaire de recherche hybride polyartefacté. La description ethnométhodologique d’un épisode critique complétée par la synthèse transdisciplinaire des résultats des travaux des trois axes principaux de cette recherche, et l’analyse discursive des questionnaires bilans finaux ont permis de mettre en évidence ce que nous nommons des ethnométhodes technolangagières employées par les participant·e·s afin de prévenir, contourner ou résoudre les incidents surgissant au cours d’épisodes critiques.

Notre approche de l’expérience écranique révèle que l’appréhension et la résolution des ratés interactionnels et bugs numériques imposent aux participant·e·s une attention mutuelle, une gestion précautionneuse des faces et une distribution de l’agentivité. De surcroît, les incidents techniques et conversationnels se révèlent bénéfiques en ce qu’ils participent de la co-construction d’une intelligence collective (Levy 1994) et l’énaction d’un ethos groupal permettant non pas la réduction quantitative des épisodes critiques, mais l’amélioration qualitative de leur gestion. Il y a en effet renforcement d’un sentiment d’auto-efficacité (Bandura 1980) dans les capacités individuelles et collectives de remédiation. La présence est entretenue dans une dynamique d’équilibre et d’interdépendance entre des réseaux de sujets, de choses et de signes.

Ethnométhodes technolangagières

Les négociations nécessaires à la réparation des divers actes menaçants pour les faces des acteur·rice·s impliqué·e·s prennent la forme de ce que nous pouvons qualifier d’ethnométhodes technolangagières. Il s’agit notamment au sein du réseau de signes de créer des espaces collaboratifs en ligne et de proposer des règles interactionnelles numériques (maximes d’ouverture, de communication, de déplacement et d’adressage). Au sein du réseau d’êtres, doivent être identifiés des rôles spécifiques, et développées des compétences multimodales d’attention, ainsi qu’une confiance et une qualité relationnelle. Le réseau de choses se fonde sur la sélection et l’intégration rigoureuse et réfléchie d’artefacts de qualité, sur une équipe dédiée au soutien technologique ou encore une formation aux usages.

Dès lors que ces ethnométhodes technolangagières sont maîtrisées par les membres du groupe, les ratés interactionnels et bugs numériques n’empêchent plus le maintien d’une félicité interactionnelle globale. Au contraire, le stress et la pression engendrés dans un premier temps par la survenue des épisodes critiques fait place à l’acceptation de leur caractère inexorable, mais banal, et à la créativité des individus pour les résoudre les uns après les autres.

Principe d’équilibrage

Cet équilibre entre plaisir (entraide, challenge, satisfaction de trouver une solution) et frustration (pression, surcharge cognitive, ratés, bugs) rappelle le principe d’équilibrage (Schell 2008) mis en œuvre dans l’élaboration des jeux pour maintenir l’engagement du·de la joueur·se dans la durée. Il faut à la fois proposer un niveau de difficulté suffisant pour que le·la joueur·se s’investisse, mais que la partie reste équitable (principe d’équité, Schell 2008) afin de ne pas le lasser. C’est aussi le cas dans le cadre du séminaire dans lequel les participant·e·s naviguent entre des sentiments de difficulté et de plaisir.

Méta-vigilance

La méta-vigilance et l’interattention constituent alors les conditions indispensables à la présence par écran polylogale et polyartefactée. Elle sous-tend la construction d’un collectif efficace et confiant au sein du réseau d’action et de perception organiques et technologiques.

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